Rouge Ocean – Marie-P. Nadal 3ème partie...

Publié le par Evy

Rouge Ocean – Marie-P. Nadal  3ème partie...

ROUGE OCEAN – Marie-P. NADAL

L’œuvre est protégée par le droit d’auteur et a fait l’objet d’un dépôt auprès de Copyright-France.

 

Episode 3

La soirée battait son plein entre chansons, tours de magie et plaisirs culinaires. Des réjouissances qui laissaient présager un séjour exceptionnel. 

C’était sans conteste le qualificatif que chaque passager allait pouvoir notifier sur ses cartes postales, pour autant qu’il soit encore vivant pour le faire. 

Alors que l’orchestre entamait sa pose syndicale, un cri de femme se fit entendre. 

Malgré la douce musique des couverts que l’on entrechoque et les chants parlés des passagers, les têtes se tournèrent dans sa direction. Une table non loin de celle du commandant, vit ses onze occupants se lever soudainement. Seul un homme venait de tomber de sa chaise, se tordant tel un asticot sur une plaque chauffante.  

Le commandant se précipita en direction de la table, faisant signe au médecin de le suivre. Scott et Halona les imitent. 

Un attroupement se constituait autour du corps désormais inerte. Le commandant hurla qu’on faisait de la place et demanda à chacun de regagner la sienne. 

Le médecin s’accroupit et examina le corps. 

— Que s’est-il passé ? interrogea le commandant à l’adresse des occupants de la table.

Une femme s’avança. 

— J’étais à côté de lui, on bavardait et il a commencé à se tenir la gorge, il ne pouvait plus respirer et il a convulsé, je pense qu’il a fait une crise cardiaque. 

— Vous pensez mal Madame, répondit le médecin en se relevant, c’est un empoisonnement. 

Des chuchotements parcouraient la scène, la voisine du pauvre homme porta la main à sa poitrine. 

— Mon dieu ! Nous avons mangé la même chose, Seigneur, je me sens mal, je vais mourir. 

La panique s’empara d’elle. Avant qu’elle ne défaille, le médecin la rassura. 

— Vous seriez déjà morte, chère Madame. Asseyez-vous et calmez-vous.

Halona prit le relais et s’occupa d’elle et des autres passagers, sous le choc. 

L’homme de science amena le commandant à part alors que Scott examinait le cadavre à son tour.

— C’est du cyanure, l’odeur d’amande et sa peau livide le confirment. Je vais le faire porter à mon cabinet, on ne peut pas le laisser ici. 

— Bien évidemment. Demandez aux serveurs de vous aider, je vais parler aux passagers. Donc, essayez de faire ça discrètement. Dites aux serveurs de prendre une nappe que vous mettrez sur le corps. Veillez à ne pas le recouvrir entièrement, que les autres passagers pensent qu’il est simplement évanoui. Je ne veux aucune panique. Merci.

Le médecin acquiesça de la tête et s’empressa d’exécuter les directives.

Le commandant se présenta sur la scène, empruntant le micro d’un chanteur qui s’apprêtait à s’en servir. 

— Mesdames, Messieurs, veuillez excuser ce petit mouvement indépendant de notre volonté, un de nos passagers à eu un malaise. Mais je vous en prie, continuez votre repas et profitez de cette première soirée à bord de notre merveilleux vaisseau. Bonne soirée à tous. 

Le discours avait occasionné une légère diversion, le corps du malheureux passa presque inaperçu le long du mur. Par chance, sa table était proche des portes. 

Le seul maître à bord regagna la sienne pour s’excuser auprès de ses invités qu’il pria de poursuivre leur repas sans lui. Au vu des circonstances, sa présence aux côtés du médecin s’imposait. 

Il rencontra Scott et Halona qui venaient vers lui. 

— Monsieur Cameron, je suis vraiment désolé pour ce fâcheux incident, retournez donc à votre table, Halona, occupez-vous de notre ami voulez-vous ? 

Scott ne bougea pas. Il le prit par le bras et l'entraîna vers le mur, hors d’atteinte d’oreilles indélicates et fureteuses. Halona était, bien-sûr, de la partie. 

— Commandant, il faut que je vous parle.

— Qu’y a-t-il mon ami ? vous m’avez l’air inquiet. Ce sont des choses qui arrivent. Ce monsieur a eu un malaise cardiaque, rien de plus.

— Rien de plus ? vraiment ? ne me prenez pas pour une bille ! Ce mec a été empoisonné au cyanure, je suis flic et j’en ai vu d’autres. 

— J’avoue, oui. Pardonnez-moi lieutenant. Quoiqu’il en soit, ce pauvre bougre s’est donné la mort. J’aurais préféré qu’il le fasse dans sa cabine, mais c’est comme ça. À présent, je dois rejoindre notre médecin pour les formalités. Si vous voulez bien m’excuser…

Le jeune homme ouvrit des yeux de grand-duc un soir de pleine lune. Il retint son interlocuteur et l’entraina dans un coin.

— Les formalités ! j’aurai tout entendu ! mais vous ne comprenez pas ? ou vous avez beaucoup travaillé pour être aussi desserré ! 

— Quoi donc mon ami ?

— Je rêve ! commandant, ce n’est ni un suicide, ni le prix du plat, et encore moins l’asperge qu’il a avalée de travers ! commandant, c’est un meurtre !

Le second officier fit une annonce : 

« Mesdames, Messieurs, j’ai le plaisir de vous informer que notre paquebot pénètre dans le fameux et célèbre triangle des Bermudes, je vous souhaite un excellent voyage ».

Les deux hommes se regardèrent, l’inquiétude transpirant de leur peau.

 

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