Extrait de l'ouvrage: " la vallée du bonheur " de l'Auteur Jean-Louis Sanchez ..Idée cadeau pour les fêtes...

Publié le par Evy

 Extrait de l'ouvrage: " la vallée du bonheur " de l'Auteur Jean-Louis Sanchez ..Idée cadeau pour les fêtes...

(Extrait de son ouvrage: la vallée du bonheur)

 

Le Blanquetaïre

 

    Une douleur lancinante le tenaillait depuis plus de deux heures. Sa poitrine semblait prise dans un étau et sa cage thoracique explosait. Il se leva lentement, en faisant bien attention à ne pas réveiller son épouse qui sommeillait paisiblement à ses côtés et s'habilla à tâtons, profitant des lueurs de la pleine lune qui parvenaient à s'infiltrer à travers les volets mi-clos.

    Il ouvrit délicatement la porte et sortit. Le ciel était constellé d'étoiles que les frimas de cette fin d'hiver faisaient scintiller intensément. L'air frais et pur de la nuit le saisit et le réconforta. Il respira goulûment; la souffrance lui parut moins forte et il entreprit de gravir la légère côte qui le mènerait à la cave.

    C'est sûr, il aurait peut-être du consulter le docteur, d'autant qu'il n'en était pas à sa première alerte, mais à quoi bon! Durant toute son existence il n'avait visité un médecin qu'à deux reprises. Lorsqu'il s'était brisé le poignet en glissant du sommet d'une cuve et lorsqu'il avait contracté un "virus" le tenant alité pendant une semaine. Un virus! C'est ainsi qu'on nommait sans doute les maladies inconnues impossibles à diagnostiquer...

    Ce qui l'importait, c'était d'atteindre son but et il entreprit sa marche, frissonnant de froid, sous la clarté bienveillante de la voûte céleste. Il dut marquer plusieurs pauses, le souffle court, les jambes molles, mais il atteignit, à force de pugnacité, l'objectif recherché. Il fit tourner la clef dans l'épais portail en chêne qui s'ouvrit dans un grincement lugubre puis resta sur le seuil, humant l'odeur familière mêlée de marc de raisin, de souffre et de bisulfite. Il régnait dans la pièce un grand silence perturbé par le bruit d'une goutte d'eau qui sourdait dans un endroit inaccessible et résonnait inlassablement. Tic! Toc! Tic! Toc!

  Il sourit, constatant que malgré tous les efforts entrepris pour assainir son lieu de travail, il n'avait pu parvenir à neutraliser cette intruse qui s'était faufilée dans des interstices inexplorables...

    La vue de ces lieux familiers le rasséréna. Il fit quelques pas vers le quai de déchargement. Il lui semblait entendre les jurons des hommes tirant leurs mules fermement par le harnais, le bruit des sabots et des roues de charrettes en route vers cet endroit. Il revoyait les gestes des viticulteurs basculant les comportes d'un grand coup de reins, les grappes de cépage blanc, Mauzac, Chenin ou Chardonnay tombant dans le pressoir pour être broyées et donner leurs précieux breuvages, le visage angoissé des hommes qui attendaient les verdicts de la pesée, du mustimètre et du réfractomètre. Dans un instant ils connaîtraient le résultat d'une année de travail: le poids de la récolte ainsi que son degré alcoolique qui assureraient leurs revenus de l'année à venir.

    Il s'adossa contre un mur, porta sa main conte la poitrine pour se soulager un peu et fit l'inventaire de sa cave. Il recensa en un clin d’œil, les muids, les demi-muids, les barricots, le pressoir et la chaîne de mise en bouteille dont les tétons de cuivre rutilaient, les très nombreux filtres qui permettraient au breuvage d'atteindre une limpidité absolue. Au fond de la cave, précautionneusement alignées sur une cinquantaine de mètres reposaient cul par-dessus tête les bouteilles de la récolte précédentes auxquelles il conviendrait, de temps à  autre, d'effectuer de petites rotations pour concentrer les dépôts vers les goulots. Tout était en ordre.... Qui aurait pu imaginer les privations endurées pour financer un tel ordonnancement, les heures de travail pour tout régler de façon quasi parfaite, la quête permanente de nouvelles techniques pour améliorer la qualité du produit ainsi que le rendement de l'entreprise?

    Un nouveau spasme l'ébranla, il parvint difficilement à se hisser sur un promontoire, reposant sa tête contre la paroi en béton armée d'une des plus anciennes cuves. Il ferma les yeux, se revit, lui l'Espagnol, arrivant en France âgé d'une vingtaine d'années, sa légère valise sous les bras, devant affronter la barrière de la langue. Rapidement il avait pris contact avec cette terre du pays d'Oc délaissée par ses fils ingrats et si avenante pour l'étranger. Il avait dû tout apprendre de cette viticulture étrange et difficile,l'entretien des vignes avec le déchausselage au printemps, la taille en gobelet en hiver, le palissage des rameaux en été ou les vendanges à l'automne. Cette terre si tolérante à son égard et ignorante du racisme et de l'hypocrisie des hommes, il l'avait vénérée et tenté de l'apprivoiser plus que de la posséder. Ensuite, il s'était attelé à la fabrication de la blanquette s'appuyant sur les conseils des anciens et essayant sans cesse de faire évoluer les techniques, d'apporter aux méthodes basiques de production la fantaisie de ses origines latines.

    Combien d'années de labeur le séparaient de la date de son arrivée? Il n'osait se le remémorer. Il avait même omis de faire valoir ses droits à la retraite tant sa passion avait été grande. Lorsqu'il avait acquis sa première vigne, le vendeur lui avait dit:

  • Aquela vinha pichon te la cal pas vendre, te portara bonur!

    (Cette vigne, petit, il ne te faut pas la vendre, elle te portera bonheur!)

    Il ne l'avait jamais vendue et la prophétie de l'ancien s'était réalisée. Du bonheur devant les choses simples de la nature, il en avait éprouvé énormément et il lui revenaient de fugaces souvenirs. Le spectacle des graciles bourgeons bourrés de sève, prêts aussitôt à affronter le gel et les intempéries ou les maladies quotidiennes le fascinait. Tout comme le passionnaient les premières dégustations de vin bourrut – ce vin primeur mal dégrossi comme un adolescent en pleine croissance - qu'il effectuait quasi religieusement avec ses proches, dans des moments uniques de convivialité, en recherchant ses tanins, son caractère ou ses éventuelles faiblesses...

    Son souffle devenait de plus en plus court, il avait peine à respirer, la vie semblait l'abandonner, cette vie dont il avait joui pleinement et qu'il avait consacré lui Joseph, le blanquetaîre à la mise en valeur de la terre. Il ne regrettait rien, Emile Zola n'avait il point écrit " qu'il suffit à l'honnête homme d'avoir passé en ayant fait son œuvre". Cette œuvre il l'avait parachevé en transmettant à son fils sa dévorante passion.

    Comme Molière, foudroyé en plein spectacle, il n'éprouvait aucune appréhension à rejoindre l'au-delà entouré de ses éléments familiers. Alors, il ferma doucement les yeux et s'abandonna dans les bras de la grande faucheuse.

    Affolé par la disparition de son mari, la mère très tôt alerta son fils. Celui-ci n'hésita pas et se rendit à grandes enjambées vers la cave. Il découvrit avec horreur son père lové contre la cuve,le visage apaisé, esquissant un sourire bienheureux.

    Il était parti rejoindre Bacchus, bien disposé à devenir son bras droit et à lui transmettre ses secrets de fabrication, ainsi, qu'à faire exploser dans toutes les planètes de l'univers et les galaxies, des millions de bulles de blanquette...

 

    (Extrait de son ouvrage: la vallée du bonheur)

Idée cadeau pour les fêtes ou pour le plaisir dédicacé

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B
Des livres qui fleurent bon la région, à lire avec La belle Aude... et les autres.
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E
Une bonne idée Cadeau pour toutes âges